École militaire – Paris (8ème)
Un chef-d’œuvre de l’architecture du XVIIIe siècle
L’École Militaire, édifiée à partir de 1751 sous le règne de Louis XV, constitue l’un des plus remarquables exemples de l’architecture néoclassique française. Conçue par l’architecte Ange-Jacques Gabriel, Premier Architecte du Roi, elle fut ornée par d’éminents sculpteurs de l’époque. Le pavillon central de la Cour d’Honneur se distingue par la richesse exceptionnelle de son décor sculpté, véritable manifeste de l’art royal du XVIIIe siècle.

La façade présente un ensemble ornemental d’une grande cohérence : chapiteaux corinthiens et ioniques finement ciselés, modillons sculptés de feuilles d’acanthe et de rais de cœur, fronton triangulaire, grande frise ornementale sous l’horloge, statues allégoriques encadrant le cadran, et deux imposants trophées d’armes qui couronnent la composition. Ces éléments sculptés en pierre de Saint-Leu incarnent les idéaux de grandeur et de puissance de la monarchie française.

Les sculpteurs du XVIIIe siècle
Les archives documentent avec certitude l’intervention de Louis-Philippe Mouchy(1734-1801), sculpteur du Roi et élève de Pigalle, pour les quatre statues allégoriques qui surmontent l’entablement : la Victoire (sous les traits de Louis XV), la France, la Paix et la Force. Ces œuvres majeures, achevées en 1773, sont aujourd’hui conservées sous les portiques de la Cour d’Honneur. Mouchy réalisa également les deux génies soutenant l’écusson de Louis XV.
Les sources mentionnent également Jean-Baptiste d’Huez comme ayant participé au décor sculpté. Les figures encadrant l’horloge (le Temps et l’Astronomie) sont parfois attribuées à Jean Pierre Pigalle, neveu du grand Jean-Baptiste Pigalle. Pour d’autres éléments du décor, notamment les trophées d’armes et certains ornements du fronton, les attributions restent à documenter. Les ateliers de sculpture royaux ont vraisemblablement contribué à l’ensemble du programme ornemental sous la direction des Bâtiments du Roi.
Une campagne de restauration exemplaire (2016-2026)

Sous la maîtrise d’œuvre des Architectes en Chef des Monuments Historiques Jacques Moulin (2016-2023) et Martin Bacot (2023-2026), et la maîtrise d’ouvrage de l’OPPIC, une vaste campagne de restauration a été engagée pour préserver ce patrimoine exceptionnel. L’Atelier des Sculpteurs, fondé par Benoît Mesnier, Rémi Bierne et Florent Lebon, a mené depuis 2016 des interventions majeures sur l’ensemble des façades du pavillon central, mobilisant toute l’expertise des métiers traditionnels de la sculpture sur pierre.
Façade Cour d’Honneur
Les travaux ont porté sur la réalisation de greffes sculptées in situ : chapiteaux ioniques (remise en état par remplacement de la moitié exposée aux intempéries), chapiteaux feuillagés de pilastre (remplacement dans leur totalité des parties saillantes dégradées), modillons à volutes et rais de cœur (fortement altérés par les écoulements d’eau, la pollution et les chocs thermiques).


La restauration du fronton a nécessité la réalisation de greffes sculptées pour restituer des membres (genoux, jambes, pieds), ainsi que des éléments divers (boucliers, ailes). La grande frise ornementale sous l’horloge et les statues allégoriques l’encadrant ont également fait l’objet d’une restauration minutieuse.


Les deux trophées d’armes, gravement altérés par les intempéries et un incendie ancien, ont fait l’objet d’une intervention complète : nettoyage par micro-gommage, réintégrations formelles au mortier s’appuyant sur une recherche iconographique approfondie, et création de copies sculptées neuves en pierre de Saint-Leu selon la technique traditionnelle de la mise au point. L’analyse des traces d’outils originaux a permis de retrouver les gestes et techniques des sculpteurs du XVIIIe siècle.
Façade Champ-de-Mars

Sur la façade principale donnant sur le Champ-de-Mars, les interventions ont concerné la restauration du blason royal du fronton du pavillon central, ainsi que la restitution à neuf d’éléments de chapiteaux corinthiens, des guirlandes ornementales sculptées des cheminées latérales, éléments qui participent à l’harmonie d’ensemble de la composition architecturale.
Un patrimoine préservé pour l’avenir

Cette campagne de restauration exemplaire, menée dans le respect des techniques traditionnelles et des matériaux d’origine, a permis de sauvegarder l’intégrité du décor sculpté de l’École Militaire.


Les originaux restaurés des trophées ont été conservés et présentés dans la Cour d’Honneur, tandis que les copies neuves, installées sur la façade, assurent la pérennité de ce chef-d’œuvre pour les générations futures. Cette intervention témoigne de la continuité des savoir-faire entre les sculpteurs du XVIIIe siècle et les artisans d’aujourd’hui.
