Le Théâtre des Variétés

Le Théâtre des Variétés – Béziers (hérault)

Architecture Art nouveau et restitution des sculptures

Au cœur de Béziers, le Théâtre des Variétés, conçu en 1904 par l’architecte Paul Harant, est un joyau de l’Art nouveau édifié sur les ruines de l’ancien théâtre l’Alcazar. Construit pour une bourgeoisie enrichie par la prospérité viticole, ce monument inscrit aux monuments historiques depuis 2003 a accueilli les plus grandes vedettes du music-hall français avant d’être transformé en cinéma puis en discothèque. Racheté par la ville en 2019, il a fait aujourd’hui l’objet d’une restauration complète incluant la restitution de sa façade sculptée disparue.

MÉTHODOLOGIE DE RESTITUTION

Le projet s’appuie sur des cartes postales du début du XXe siècle pour redessiner les décors disparus. Les recherches n’ayant pas permis de retrouver les archives du sculpteur originel Alfred Raynal (né à Toulouse en 1870), le travail s’est inspiré des sculptures existantes et de leur style Art nouveau caractéristique.

Techniques traditionnelles et contemporaines

Le chantier combine savoir-faire ancestraux et technologies numériques : modelage d’argile et moulage à creux perdu pour la lyre, taille directe sur pierre pour les masques, modelage au mortier chaux-plâtre in situ pour les têtes de lion, et modélisation virtuelle pour les putti, permettant des échanges rapides avec le maître d’œuvre avant production des maquettes en polystyrène puis copie en pierre.

ÉLÉMENTS RESTITUÉS

Les masques de la Comédie et de la Tragédie : Seul le masque de la Comédie était conservé. Son pendant, la Tragédie, a été créé par taille directe sur pierre d’après un modèle réduit, puis copié à l’échelle 1 pour être replacé à droite de la façade.

Les putti latéraux : Élaborés progressivement par modélisation virtuelle, ces angelots ont été produits en polystyrène pour validation in situ avant copie en pierre.

La lyre : Modelée en argile à l’échelle 1/2, elle a fait l’objet d’un tirage plâtre par moulage à creux perdu avant copie sur pierre.

Le lettrage et les ornements : L’inscription « des Variétés », détruite dans les années 1950, et les chutes de fleurs ont été re-sculptés par taille directe in situ après dessin préparatoire sur la pierre.

Les têtes de lion et les consoles : Reconstituées par modelage au mortier chaux-plâtre sur les traces de ruine existantes, puis copiées avec de légères variantes pour chaque élément.

Ce chantier illustre la complémentarité entre techniques traditionnelles et outils numériques contemporains, offrant à la fois la rigueur technique nécessaire à la préservation du patrimoine et la flexibilité requise pour un projet de restauration moderne. Se mettre dans la peau du sculpteur originel représente pour les artisans une aventure humaine et artistique d’une grande richesse.